Depuis les années 1970, sous l’impulsion d’un double mouvement comprenant les revendications des associations de défense des droits humains et les avancées législatives constatées à des degrés divers sur la planète, une transformation du regard porté sur les personnes en situation de handicap est visible.

L’article 30 de Convention des nations unis sur le handicap souligne la nécessité de  « faire en sorte que les personnes handicapées aient accès aux lieux d’activités culturelles tels que les théâtres, les musées, les cinémas, les bibliothèques et les services touristiques (…)». Au final, entre approches émiques ou étiques, le handicap, et par extension, les pratiques touristiques, sont des constructions socio-culturelles qui méritent d’être observées dans leur contexte de production.

Faire du woofing et être handicapé est possible grâce à Sophie. Il fallait faire vivre un grand lieu, pourquoi ne pas recevoir sur sa propriété des personnes en situation de handicap ? En tant qu’handicapée, je suis très sensible à son initiative. En effet, j’ai tendance à penser qu’on peut tout à fait considérer l’accès des personnes handicapées au tourisme comme un révélateur et un analyseur des mutations sociales, de la place qu’accorde une société aux personnes différentes.
Dans une enquête britannique de 1999 auprès de personnes en situation de handicap, « 75% des répondants considèrent les vacances comme quelque chose d’important dans la vie » (Shaw et Coles, 2004). Quelles attentes formulent-ils ? Quels sont leurs choix de destination ou de type de séjour et leurs imaginaires de voyage ? Que représentent les activités touristiques et les loisirs souvent associés à une logique de dépaysement, de liberté et de plaisir, lorsqu’on est considéré comme en situation de dépendance ? Quelles sont leurs motivations ? Tous ces aspects sont-ils différents de ceux de la population générale tels que proposés par les « modèles touristiques »

En seconde analyse, la pratique des loisirs et des vacances s’inscrit pour bon nombre de personnes dans une finalité de bien-être (moral ou physique) intégrée à la dimension de la qualité de vie. Comme pour la population générale de touristes, vaincre l’ennui et se dépayser sont également des raisons avancées, tout comme les aspects ludiques, le repos et l’hédonisme. On retrouve ici des substrats classiques des motivations des touristes soulignées par Crompton (1979) : l’évasion d’un environnement jugé banal ; la découverte ; la détente et la facilitation des relations sociales. Ce dernier élément est celui qui est le plus mis en avant par les personnes handicapées mentales ou psychiques : faire des rencontres, sortir de l’entre-soi qui fige leur identité (Crompton, 1979)

Alors pour tout ça et pour le reste merci à Sophie.

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